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19.04.2008
Coup de foudre
Une semaine avant de passer les écrits d'agrégation de philo, descente en famille au Français pour voir Penthésilée de Kleist.
J'en bavais d'avance.
Vous pensez bien: Eric Ruf (Achille) à l'affiche. Déjà vu en Christian dans Cyrano (oui, celui qui a triomphé, qui était colossal, génial, etc), et revu dans Partage de Midi face à Marina Hands. La fêlure faite force de théâtre, cet acteur. Un jeu sur la voix à la limite du forçage, l'oeil accablé, le cri puissant et bouleversant. Dans Partage de Midi, il atteignait aux sommets métaphysiques effectivement vécus et écrits par Claudel: l'esprit aimant prêt à survivre à la chair, dans la grande transfiguration de midi... J'avais aimé me trouver conforté, par lui, par son jeu, par cette compréhension fine du verbe claudélien, dans la conviction que la plus juste formulation du mystère de l'existence est la formulation chrétienne de l'incarnation. Donc de la kénôse. De l'affaiblissement nécessaire à l'avènement de l'esprit, de l'évidement de l'absolu par lui-même en vue de laisser advenir l'amour comme acte à la fois singulier et perpétuel.
Eric Ruf, ou la force de l'hapax existentiel sur les planches du Français. Une plus patiente évocation de son travail pourrait peut-être voir le jour sur Systar, mon blog sérieux, si j'en ai/prends le temps.
Mais aussi, et surtout, à l'affiche: Léonie Simaga. J'en souriais d'aise à l'avance.
Vous pensez bien: je l'avais déjà vue il y a deux ans (déjà!) dans Le Cid, en Infante. Je savais ce que je retrouverais en la revoyant. Une voix qui musicalise naturellement, une diction qui confine sans cesse au chant. Un cristal qui se déploie le temps d'une pièce, à chaque fois.
J'aime d'ailleurs ce don qui est sien (mais sans doute le sait-elle, en joue-t-elle consciemment, et par conséquent le travaille-t-elle) de ne pas chercher, pour jouer un moment d'émotion, à en faire entendre l'expression la plus réaliste ou la plus vraisemblable, mais de trouver dans la diction, dans le rythme, et dans la tessiture même de sa voix un certain "chant", une certaine mélodie qui susciteront indirectement cette infernale catharsis ("clarification", selon la traduction proposée par Marie-Josée Mondzain) de la pitié et de l'effroi humains...
Elle est une superbe Penthésilée, toute de force et de grâce, depuis son premier surgissement dans la magnifique rose des sables qui constitue la scène en lieu mutant, dynamique, à la fois terrien et aérien par la variété de ses niveaux et ses constantes évolutions au fil des scènes, jusqu'à ce "pont" central où Penthésilée vient, face à Achille, affronter l'énigme et l'inhumanité de son propre amour pour le Péléide...
Evidemment, son corps maculé de rouge sang, après la dévoration du corps d'Achille, laisse une durable impression d'horreur. L'amour absolu est alors montré comme dévoration de la chair, la transcendance comme meurtrière. Léonie Simaga, en jouant l'entrée dans la folie comme l'exécution d'une danse de mort qui traverse en arabesques tout l'espace de la scène, touche à la justesse absolue en restituant le mystère tel que Kleist l'avait écrit, puis vécu (suicidé après avoir tué celle qu'il aimait).
Je parlais de clarification... mais de quoi? De cette émotion de pitié absolue, de jouissance compassionnelle, qui mène irrésistiblement à "aimer"... Par ce que vous faites sur scène, par ce que vous êtes donc, Léonie Simaga, je vous aime.
19:12 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, comédie française, kleist, penthésilée, léonie simaga



Commentaires
Tu es Henri Dusausoi !!!
Ecrit par : Blond | 20.04.2008
Pardon?
Ecrit par : Bruno | 22.04.2008
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