22.06.2009
il y a un an...
Il y a un an, j'entamais les oraux d'agrégation.
C'était une période extraordinairement intense, le genre de choses qui, après coup, vous auront appris à aimer la solitude.
La solitude qui a un goût d'inoubliable, un goût d'inespéré, un goût de: "ça, personne ne me l'enlèvera jamais."
Les nuits passées à regarder des films que j'allais chercher au Virgin des Champs-Elysées (session nocturne, la plus calme, la plus impersonnelle, la plus anonyme, la plus apaisante), l'anxiété presque dépressive typique du jeune agrégatif qui pense qu'il va à la boucherie...
Philosophiquement, la découverte de Michel Henry à travers Marx, ou l'inverse... la force de la vie subjective individuée qui ne saurait se laisser consumer dans les territoires sans cesse augmentés de la mort objectivante... Cela préparait le recueil en soi, en l'étreinte de soi à soi, que j'ai pu ressentir cet hiver.
Heisenberg aussi, ça c'était chouette.
J'avais laissé en plan tous mes projets de l'époque: Simondon, Merleau-Ponty, Juranville... Ils m'ont suivi à Toulouse, mais je n'ai pas trouvé le temps ni la force de reprendre ces lectures éreintantes et magnifiques.
J'avais laissé en plan les projets d'écriture: ils ont bien mûri depuis.
A l'époque, j'écoutais, grâce à Olivier, In Your Room des Depeche Mode.
J'écoutais aussi en boucle Dead Eyes de Jesu. C'est magnifique.
Le clip révèle extrêmement bien la scission entre l'organique et le géométrique, ce flottement de l'oeil qui pleure sans savoir pourquoi, fixe, dans la vie et pourtant infiniment mis à distance d'elle. Un oeil entré dans le champ d'indifférenciation qui précède (ou succède à?) la vie individuée, à notre vie en somme.
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15.06.2009
Le dealer universel
Partout en Occident, ou du moins en Europe, elle [= l'humanité] est devenue superflue. Et elle le sera de plus en plus. Et elle le sentira d'autant plus cruellement que les pantins morbides de la démagogie, laquelle recouvre sans appel ce que l'on nomme encore la gauche, toute la gauche (et aussi la droite qui ne peut plus qu'imiter la gauche), lui diront qu'elle est irremplaçable. Mais ils ne le lui diront que pour accélérer sa dépendance, ses demandes pathétiques d'antidépresseurs éthiques, d'anxiolytiques artistiques, de psychotropes judiciaires et de somnifères culturels, autant de marchandises dont ils ont besoin qu'elle ait besoin pour qu'elle ait besoin d'eux. L'homme de gauche est le dealer universel de cette humanité en sécession d'humanité : il ne peut subsister que s'il accroît sans relâche sa clientèle de malades, qu'il rencontre le soir au coin des rues du nouveau monde et dont il augmente de manière systématique les doses de protection sociale et de destruction sociétale par lesquelles il s'assure la fidélité à toute épreuve d'une population ainsi refaçonnée à son mirage et convenance, pour ainsi dire recréée, et en tout cas sans guère de points communs avec les humanités précédentes.
Philippe Muray, Festivus festivus, Champs Flammarion, p. 10 (Préface)
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Le parti dévot moderne
Dans Festivus festivus, Muray revient sur l'utilisation des larmes comme argument politique (Binoche face à Finkielkraut, Aubry perdant la mairie de Lille, etc.)...
"C'est dans l'increvable conviction d'incarner la guerre contre le Mal que s'est constituée la gauche d'aujourd'hui, qui n'est autre que le parti dévot contemporain. A ce propos, je vais m'offrir le plaisir de vous citer un étourdissant passage de Péguy, dans sa Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, où il parle justement de ce qui fonde le parti dévot moderne: "Parce qu'ils n'ont pas la force (et la grâce) d'être de la nature ils croient qu'ils sont de la grâce. Parce qu'ils n'ont pas le courage temporel ils croient qu'ils sont entrés dans la pénétration de l'éternel. Parce qu'ils n'ont pas le courage d'être du monde ils croient qu'ils sont de Dieu. Parce qu'ils n'ont pas le courage d'être un des partis de l'homme ils croient qu'ils sont du parti de Dieu. Parce qu'ils ne sont pas de l'homme, ils croient qu'ils sont de Dieu. Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu." Bien entendu, il faut remplacer "Dieu" par autre chose (encore que...), mais, de toute façon, la légitimité du dévot de gauche, s'il est permis d'employer un tel pléonasme, relève du droit divin; et ce qui est arrivé en avril puis mai derniers [2002] est de l'ordre de la désacralisation, ou de la tentative de régicide, au moins de la velléité de déposition de monarque."
Philippe Muray, Festivus festivus, Champs Flammarion, pp. 168-169.
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