15.06.2009

Le parti dévot moderne

Dans Festivus festivus, Muray revient sur l'utilisation des larmes comme argument politique (Binoche face à Finkielkraut, Aubry perdant la mairie de Lille, etc.)...

"C'est dans l'increvable conviction d'incarner la guerre contre le Mal que s'est constituée la gauche d'aujourd'hui, qui n'est autre que le parti dévot contemporain. A ce propos, je vais m'offrir le plaisir de vous citer un étourdissant passage de Péguy, dans sa Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, où il parle justement de ce qui fonde le parti dévot moderne: "Parce qu'ils n'ont pas la force (et la grâce) d'être de la nature ils croient qu'ils sont de la grâce. Parce qu'ils n'ont pas le courage temporel ils croient qu'ils sont entrés dans la pénétration de l'éternel. Parce qu'ils n'ont pas le courage d'être du monde ils croient qu'ils sont de Dieu. Parce qu'ils n'ont pas le courage d'être un des partis de l'homme ils croient qu'ils sont du parti de Dieu. Parce qu'ils ne sont pas de l'homme, ils croient qu'ils sont de Dieu. Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu." Bien entendu, il faut remplacer "Dieu" par autre chose (encore que...), mais, de toute façon, la légitimité du dévot de gauche, s'il est permis d'employer un tel pléonasme, relève du droit divin; et ce qui est arrivé en avril puis mai derniers [2002] est de l'ordre de la désacralisation, ou de la tentative de régicide, au moins de la velléité de déposition de monarque."

Philippe Muray, Festivus festivus, Champs Flammarion, pp. 168-169.